Miam !

Jean-François Michel, ex-Directeur du Pensionnat établi près l'École centrale du Département de la Meurthe, directeur d'une École secondaire et membre de la société académique de Nancy, publie en 1807 son Dictionnaire des expressions vicieuses usitées dans un grand nombre de départements, et notamment, dans la ci-devant Province de Lorraine [...]. Il recense et apporte des corrections à un certain nombre de fautes de français (pour l'époque) et de locutions étranges couramment utilisées. Le livre se trouve sur l'excellent site de Gallica.

Bien entendu, nous nous intéressons uniquement aux termes qui ont trait à la cuisine, au goût et toutes ces sortes de choses.

Quelques menues corrections dans la forme ont été faites, et les fautes de frappe corrigées. De plus, la partie Supplément de fin d'ouvrage, qui propose donc des ajouts de définitions ou à l'intérieur des définitions, a été directement intégrée dans le corps principal. On remarquera pour finir avec intérêt que ce dictionnaire accentue les capitales (sauf parfois des accents circonflexes...).

A

AGRÉMENTS. C'est, à la boucherie, certaine portion de basse viande qu'on oblige l'acheteur de prendre avec la bonne, et au même prix. On dit ailleurs, Réjouissances.

AIL, espèce d'ognons, fait Aulx au pluriel. Planter des aulx, mais on dit, Un gigot de mouton à l'ail, Frotter son pain d'ail, et non pas d'aulx.

ALEMBI pour alembic ou alambic, subst. masculin, faites sonner le c

AMELETTE. Barbarisme. — Omelette.

ANGLAISE. Mot très usité en Lorraine pour signifier Une pinte de Paris.

APPRÊT pour apprête, substantif féminin. Petite tranche de pain étroite et longue avec laquelle on mange des oeufs à la coque. Faire des apprêtes. On dit plus communément Mouillette.

ASSIETTE. Piquer l'assiette n'est pas français — Piquer les tables. Voyez PIQUER.

B

BANDE DE LARD n'est pas français. — Flèche de lard. Il faut couper un morceau de lard à la flèche.

BÉATIS pour Béatilles. Tourte de béatilles et non pas, de Béatis.

BIGNET. sites, Beignet. Beignets de pommes. Manger des beignets.

BORDE DE PAIN. Mot très usité en lorraine, et qui n'est pas français. On appelle ainsi un petit pain long pesant de quatre à seize onces. Il n'a pas de synonyme. Les mots Petit pain ne le remplaceroient pas.

BOUFFER pour Manger n'est pas français. Ne dites pas, il a bien bouffé. Il bouffe tout la journée. — Il a bien mangé. Il mange toute la journée.

BOURRER, SE BOURRER, pour Donner trop à manger, manger avec excès, ne sont pas français. Ne dites pas, Vous bourrez cet enfant de mangeaille. Il s'est bourré de tarte, de fruits, etc. — Vous crevez cet enfant de mangeaille. Il a trop mangé de tarte, de fruits, il s'est crevé de manger de la tarte, des fruits, etc. Il est familier.

BROCHON, BRECHON, pot à l'eau. Grand vase de terre, surmonté d'une anse avec un bec en forme de tuyau. Ce mot très-usité en Lorraine ne se trouve pas, et n'a point de synonyme.

BROQUER pour Manger, croquer. Il s'en moque, il broque toujours. Il broque des bonbons toute la journée. — Il s'en moque, il mange toujours. Il croque des bonbons toute la journée.

C

CALVINNE, espèce de pomme, n'est pas français. — Calville, substantif masculin. Calville rouge. Calville blanc. Voilà de beau Calville.

CANNETTE de bierre pour Cruchon de bierre.

CARPENDU pour Capendu, et selon quelques-uns Court-pendu, espèce de pommes dont la pelure est rouge.

CARRELET ne peut se dire d'une espèce de barrique qui contient des harengs. Un carrelet, une tonne de harengs. — Une caque de harengs. On fait donc une faute, quand on dit proverbialement, la tonne sent toujours le hareng. — La caque sent toujours le hareng.

CASTONNADE pour Cassonnade. Ces confitures ne sont faites que de cassonnade, et non pas de castonnade.

CAVÉE de vin, d'eau-de-vie, etc. n'est pas français. Ne dites pas, Avoir une bonne cavée de vin, d'eau-de-vie. — Avoir du vin, de l'eau-de-vie en cave. Avoir une cave bien montée en vin, en eau-de-vie. Avoir une cave bien garnie.

CAVISTE, celui qui va ordinairement tirer du vin à la cave, ne se trouve pas, et ne paraît point avoir de synonyme. Le mot Sommelier, ne rend pas l'idée du mot Caviste.

CAYETTE pour Caillette. La partie du chevreau, de l'agneau, du veau qui contient la présure à faire cailler du lait. Manger des caillettes.

CERTAIN. Ne dites pas, Ces fruits sont-il certains ? pour, Ces fruits ne sont-ils pas gâtés, pourris ?

CHAMBOULER se dit improprement d'Un homme ivre. Il est ivre, il chamboule. — Il est ivre, il chanchelle.

CHAMBRE À FOUR, périphrase pour Fournil, sub. masc. Il est au fournil. Prononcez Fourni.

CHAMBRET (Raisin de) pour, Raisin de treille.

CHANFLEUR, corruption du mot Chantepleure, substantif féminin. Espèce d'entonnoir qui a un long tuyau percé de plusieurs trous par le bout d'en bas, pour faire couler du vin ou quelqu'autre liqueur, dans un muid de vin sans le troubler.

CHANVEUX pour Filandreux, euse. Cette viande est filandreuse et non pas chanveuse.

CHARCUITIER ne se dit plus. — Charcutier, ière.

CHARPAGNE. On appelle ainsi Une grande corbeille d'osier, faite en forme de coquille ou de calotte où l'on met des fruits, des légumes et des herbages. Ce mot ne se trouve pas ; il est sans synonyme. Les mots Manne, corbeille ne présentent pas la même idée.

CHATAINS pour chataignes. Substantif féminin, manger des chataignes et non pas des chatains.

CHÉLÉRI pour Céléri, substantif masculin, plante potagère.

CHÈVRE [...]
N'appelez pas CHÈVRE ni CHEVRETTE cet ustensile de cuisine qui sert à soutenir la broche. — Hâtier. Contre-hâtier.

CHINÉE pour Echinée. Manger une échinée aux pois.

CHIFFON DE PAIN. Il mange un gros chiffon de pain à son déjeuner. — Un gros quignon de pain, il est familier. Une bribe de pain, il est populaire.

CHIQUER n'est pas français. Ne dites pas, Il a chiqué des vivres, pour Il a bien mangé. Il a mangé tout ce qu'on a servi. [...]

CHONS de saindoux, pour Cartilage qui reste après que la graisse de porc est fondue.

CLANCHE de mouton pour, Eclanche.

COCHONNADE n'est pas français. — Viande de Porc, ou simplement du porc.

COCOMBRE pour Concombre, substantif masculin. Ce concombre.

COFFE pour cosse. Des pois en cosse, des pois sans cosse.

COQUOTTE, Espèce de petite casserole de fonte ou de terre cuite ; ce mot n'est pas français ; on aime cependant beaucoup en Lorraine, un couple d'oeufs à la coquotte. Sans synonyme.

CORIANTE pour Coriandre substantif féminin. — Dragées de coriandre.

CORIET n'est pas français. — Coriace. On dit d'une viande difficle à mâcher, Qu'elle est coriace.

CORNER se dit improprement de la viande qui se gâte. Voilà de la viande qui corne. — Voilà de la viande qui commence à sentir, à se gâter.

COSSON (Le) est une espèce de petite vermine qui gâte le bled.
On appelle encore ainsi, Le bouton de la vigne.
Mais on donne très improprement ce nom aux marchands qui amènent chaque semaine à la ville des oeufs, du beurre, de la volaille, etc. Ces marchandes sont des Coquetiers, substantif masculin. Ceux qui ne vendent que de la volaille s'appellent Poulaillers. Le Coquetier est arrivé. Ces coquetiers ont amené beaucoup de marchandises. Le poulailler doit fournir tant de volailles par semaine.

COUANNE de lard, pour Couenne.

COURONNE DE RAISIN. Les paysans pendent des couronnes de raisin au plancher. — Les paysans pendent des moissines au plancher.

COUVRE-PLAT, ustensile de cuisine, mot très usité. Il ne se trouve pas.

CRAIE. On donne improprement ce nom à une certaine petite blancheur qui paraît sur la peau de quelques fruits, des prunes, des raisins etc., lorsqu'ils n'ont point encore été maniés. Cela s'appelle Fleur. On servit une quantité de fruits qui avaient encore toute leur fleur, et non pas, Toute leur craie.
Ainsi on ne dit pas, Ne décrayez pas ces fruits. — N'ôtez pas la fleur de ces fruits.

CRAMAIL pour crémailliére, instrument de cuisine.

CRAPI, Pomme crapie. Visage crapie. — Pomme ratatinée. Visage flétri.

CRESSANE pour Crassane, sorte de poire.

CRESSON. Prononcez Créçon.

CROUSTILLANT n'est pas français. Ne dites pas, Cette pâtisserie est croustillante. — Cette pâtisserie est croquante.

CUEILLER (Un) une CUEILLERE, sont des Barbarismes. On écrit Cuiller, Cuillère, et l'on prononce Kuiller, Kuillère, substantif féminin. Ainsi ne dites pas, Donnez-moi un cueiller net. - Donnez-moi une cuiller, une cuillère blanche.
CUEILLÈRE pour Cuillerée. Ne dites pas, Une cueillère de bouillon. — Une cuillerée de bouillon.

CUIT-POMME pour Pommier, Ustensile dont se sert pour faire cuire des pommes devant le feu.

CUL DE CHIEN. Sorte de fruit qu'on appelle en français Nèfle. Des nèfles molles et non pas, des Culs-de-chien blets.

D

DÉBATTRE des oeufs, pour Battre des oeufs.

DÉBOSSELER n'est pas français. Ne dites pas, Faire débosseler une marmite. — Faire rétablir, faire raccomoder une marmite.

DÉCHOI pour Déchet. Il y a toujours du déchoi dans le vin. — Il y a toujours du déchet dans le vin.

DÉCOUPAILLER n'est pas français. Ne dites pas Vous découpaillez une volaille. — Vous charpentez cette volaille.

DÉCROTTER un morceau n'est pas français. Ne dites pas, Il a décrotté en un moment ce gigot. Quand il revient de la chasse, il décrotte joliment un morceau. — Il a dévoré en un moment ce gigot. Quand il revient de la chasse, il croque bravement un morceau.

DÉCUIT. Ne dites pas, Nous sommes décuits, pour signifier, Nous n'avons plus de pain cuit. C'est une faute très-commune.

DÉJEUNER, DINER, GOUTER, SOUPER, sont des verbes neutres, qui ne peuvent point avoir de régime. Ainsi on ne doit pas dire, Qu'avez-vous déjeûné ? Qu'avez-vous dîné ? Que goûterez-vous ? Que souperez-vous ? J'ai déjeûné du café. J'ai dîné une poularde. Je goûterai des fruits. Je souperai un gigot. — Qu'avez-vous pris , qu'avez-vous mangé, que vous a-t-on servi ou donné à votre déjeûner ou déjeûné ; à votre dîner ou dîné ? Que mangerez-vous, que vous donnera-t-on à votre goûter, à votre souper, ou soupé ? J'ai pris du café. J'ai mangé, on m'a servi, on m'a donné une poularde, des fruits, un gigot, etc.
On dit encore, J'ai déjeûné d'un pâté.

DÉJEUNER-DINANT ou DINATOIRE n'est pas français. — Un déjeûner-dîner.

DÉMIETTER pour Émier, émietter. Émier de l'alun, de la cassonnade. Émier, émietter du pain. Cela s'émie.

DÉTAMER ou RÉTAMER ne se trouvent pas. On ne doit pas dire, cette marmite est détamée, il faut la faire rétamer. Ces mots sont sans synonymes. Il faut avoir recours à des périphrases. Ne peut-on pas dire, l'étamure de cette marmite est fondue ; il n'y a plus d'étamure ou d'étain à cette marmite ; il faut la porter à l'étameur.

DINER quelque chose. Voyez DÉJEUNER.

DOUCINAT, ATE pour Douceâtre, (qu'on prononce Douçâtre). Ne dites pas, Un goût doucinât, Cette eau est doucinâte. — Un goût douceâtre, Cette eau est douceâtre.

DOYINNÉ pour Doyenné, sorte de poire.

DRESSOIR, Meuble de cuisine, ne se trouve pas. Sans synonyme.

E

ÉCAILLE, substantif féminin, pour Morceau. Donnez-m'en une petite écaille. — Donnez-m'en un petit morceau.

ÉCHALOT pour Échalote. Substantif féminin. Ne dites pas, ces échalots sont trop forts. — Ces échalotes sont trop fortes.

ÉCLISSE[...] Une éclisse est encore Un petit rond d'osier ou de jonc, sur lequel on met égoutter le lait caillé, pour en faire des fromages.

ÉCOFFE de noix pour Écale de noix.

ÉCOFFER des pois, des fèves. — Ecosser des pois, des fèves.

ÉGRÉVISSE. Mauvaise prononciation pour Écrevisse.

EMPAFFÉ, S'EMPAFFER, expressions basses, triviales et qui ne sont point françaises. Elles signifient, Boire avec excès de l'eau-de-vie ou d'autres liqueurs. — Enivrer, s'enivrer, soûler, se soûler d'eau-de-vie, etc.

EMPÉRI, qui n'est pas français, s'employe souvent au lieu de Empyreume, substantif masculin. Qualité désagréable au goût ou à l'odorat, que contractent certaines substances soumises à l'action du feu.

ENFONDRER vieux mot qui n'est plus d'usage. — Effondrer. [...]
Effondrer signifie encore Vider. En ce sens il ne se dit que des volailles qu'on vide avant de les mettre cuire. Effondrer un chapon. Effondrer des poulets.

S'ENGRENER, S'ENGARIER [...]
On dit aussi Engrener la volaille, pour dire, L'engraisser avec du grain.

ÉPINARDS. Substantif masculin. Ne dites pas, De bonnes épinards. — De bons épinards.

ESCORNIFLER pour Écornifler. Chercher à manger aux dépens d'autrui. Il va écornifler un dîner où il peut.

ESCOUETTE pour, Panier à salade.

F

FEUILLÉE (Vendre à la) se dit en Lorraine de ceux qui vendent du vin en détail, et qui attachent à leur maison, pour enseigne, un bouchon, rameau de verdure, ou quelqu'autre chose semblable ; et l'on dit, Marchande de vin à la feuillée ; sans synnyme, si ce n'est, Marchande de vin en détail.

FEUILLEUTÉ pour Feuilletage, Espèce de pâtisserie. Ne dites pas acheter des feuilletés. — Acheter du feuilletage. Acheter des gâteaux feuilletés.

FEUTE,que l'on prononce bref, se dit improprement de toute viande mal cuite ou desséchée. Cette viande est feute. Ce ragoût est feute. — Cette viande, ce ragoût est fade, insipide, n'a plus de goût.

FIER pour Aigre. Ne dites pas, Ces fruits ont un goût fier. Ces fruits sont fiers. Ce vin-là est fier. — Ces fruits ont un goût aigre. Ces fruits sont aigres. Ce vin-là est aigre.

FIL D'ARGENT pour Chasselas, substantif mas. sorte de raisin.

FION, FLON pour Flan, Espèce de pâtisserie. On mange des flans en carême.

FONGE de carottes, pour, Fane de carotte.

FOURCHETTÉE. Donnez-moi une fourchettée de salade. Je n'en veux qu'une fourchettée. Ce mot n'a point de synonyme. On peut dire, Donnez-moi un peu de salade. Je n'en veux qu'au bout de la fourchette.

FRICOT (Faire), FRICOTER ne sont pas français. Le mot Fricot s'emploie trivialement pour Bonne chère Il y avoit grand fricot à ce dîner. Pour, Il y avoit bonne chère, ou grand'chère.
FRICOTER et FAIRE FRICOT, se disent ordinairement de gens qui rassemblent souvent pour faire quelques bons repas en secret. Ces femmes fricotent toujours ensemble à l'insu de leurs maris. Ce mot, dans ce sens, n'a guère de synonyme que, Font gogaille, terme populaire, ou, Se régalent en secret, etc. On dit encore, Ces petites gens fricotent toujours, font toujours fricot, pour Sont toujours à table, font toujours bonne chère.

FRIOLER, FRISOLER, barbarismes que l'on employe comme diminutifs du verbe Frire, et l'on dit d'une volaille, d'un morceau de viande que l'on fait cuire dans un vase, et dont la graisse qui commence à se fondre produit un petit bruit, La voilà qui friole, qui commence à frisoler. — La voilà qui commence à frire.

FROMAGIE n'est pas français. On appelle ainsi un mélange de fromage mou et de crème. Sans synonyme, si ce n'est Fromage à la crème.

G

GARGOTE pour Mauvaise cuisine, n'est pas français. Cela se dit Des méchans [sic] petits cabarets où l'on donne à manger à bas prix. Ainsi ne dites pas, C'est de la gargote. — C'est un manger de gargote. On dit, Tenir gargote. Ce cabaret, cette maison est une vraie gargote.

GARGOTER, signifie Hanter les méchans [sic] petits cabarets, les gargotes. Il signifie aussi Boire et manger mal-proprement. Il ne fait que gargoter. Ils sont là à gargoter. [...]

GINJOLET pour Vin guinguet, ou simplement Ginguet. Boire du ginguet.

GISIER pour Gésier, substantif masculin. Le gésier d'une poule.

GOSSE D'AIL pour Gousse d'ail.

GOSSER des Dindons. — Empâter des dindons.

GOUTTE pour Saindoux, substantif masculin, Graisse de porc.

GOUTTER n'est pas français. — Dégoutter, Tomber goutte à goutte. Faire dégoutter du lard, du beurre sur de la viande. [...]

GRAIN et GRAINE. [...] Grain est aussi Le fruit de certaines plantes et de certains arbrisseaux. Grain de poivre. Grain de genièvre. Grain de moutarde. Grain de raisin, et non pas, Graine de raisin. [...]

GRAISSER ne peut s'employer pour Engraisser. [...]
On dit, Vin qui graisse, qui s'engraisse, mais non, Vin qui se graisse.[...]

GRIFFANGE (Noix) pour Noix angleuse ; c'est-à-dire, Noix dont la substance est tellement renfermée en de certains petits angles ou coins, qu'il est difficile de l'en tirer. La plupart de ces noix sont angleuses.

GROSEILLE NOIRE (La), pour Le cacis, substantif masculin.

GUIGNON de pain, pour Quignon de pain, il est familier. Il mange un gros quignon de pain à son déjeûner. On dit aussi Une bribe de pain bis. Il est populaire.

H

HASI, HASIR pour Havi, ie, Havir. Ce mot ne se dit qu'en parlant de la viande, lorsqu'on la fait rôtir à un grand feu qui la dessèche et la brûle par dessus, sans qu'elle soit cuite en dedans. Le trop grand feu havit la viande et non pas, Hasit. Cette viande est havie, et non, Hasie.

HUILÉ. Ne dites pas, Cette salade est trop huilée. — Il y a trop d'huile sur cette salade.

J

JETER pour Verser. Ne dites pas, Jetez du café dans cette tasse. Jetez doucement. Jetez encore un peu. — Versez du café dans cette tasse. Versez doucement. Versez encore un peu.

L

LAIT et ŒUF. Ne dites pas, Ce poisson est un lait, est un œuf, faute très communes. — Ce poisson est laité, ce poisson est œuvé. Carpe laitée. Hareng Laité.
On dit, La laite ou la laitance d'un hareng, d'une carpe, d'un brochet. Des œufs de poisson, de carpe, etc. Ce poisson n'a point de laite ou de laitance.

LÉGUME est un substantif masculin. De bons légumes, et non pas, De bonnes légumes.

M

MACHOTER, NACHOTER, NACHONNER, pour Machonner et Pignocher, familiers. Mâcher avec difficulté, ou avec négligence. Ce vieillard ne fait plus que mâchonner, vous ne faites que mâchonner, que Pignocher.

MALVOISIE est un substantif féminin, Boire de la malvoisie, et non pas, Du Malvoisie.

MARCAIRE ou MARCARE, MARCAIRERIE, ne se trouvent dans aucun dictionnaire. Ces mots sont très usités en Lorraine. On appelle Marcaire, celui qui tient à bail, ou qui a en propriété das vaches, et qui vend du lait et du beurre. Marcairerie est l'habitation du Marcaire. Ces mots n'ont aucun synonyme. [...]

MARES (Les) pour Le marc, substantif masculin ; le c ne se prononce pas. Ne dites pas, Garder les mares de café. Vendre des mares de raisins. — Garder le marc du café. Vendre du marc de raisin. [...]

MATON pour Lait caillé, ou simplement, Du caillé, substantif masculin.

MÉE pour Huche, substantif féminin, ou Pétrin, substantif masculin.

MÉNAGER AU GRU ET LARGE À LA FARINE. D'autres disent mieux, Ménager au son et large à la farine. Ce proverbe ne se trouve pas. Gru n'est pas français.

MEUROTE, Mélange de beurre, de crême (sic), etc., qui sert à assaisonner une salade. Salade à la meurote. Ce mot n'est pas français et n'a d'autre synonyme que, Salade à la crême (sic). [...]

MIE pour Miette. La mie est toute la partie du pain qui est entre les deux croûtes. La miette, les miettes se disent de toutes les petites parties qui tombent du pain quand on le coupe, ou qui restent quand on a mangé. Ainsi ne dites pas, Ramassez les mies de pain qui restent. — Ramassez les miettes de pain qui restent.

MOINE, espèce de salade, pour Chicon, ou Laitue romaine.

MORS pour Bouchée. Ne dites pas, Un mors de pain. Un mors de viande. — Une bouchée de pain. Une bouchée de viande.

MORT-S-IVRE. — Ivre mort. Il est revenu ivre mort.

MOUSSEUX et MOUSSU. Dites, Vin de Champagne mousseux. Bierre (sic) mousseuse. Un arbre moussu. Une pierre moussue.

MOUTURE. Ne dites pas, Blé de mouture. — Blé mouture.

N

NACHON de pomme, de poire, n'est pas français. — Trognon de pomme, de poire. [...]

NAPIONER pour Pignocher, mâchonner, Manger négligemment, sans appétit et en ne prenant que de très-petits morceaux. Vous ne mangez pas, vous ne faites que pignocher. Il est familier.

NAVE mauvaise prononciation. — Navet. Potage aux navets.

NENTILLE pour Lentilles. — Purée de lentilles.

O

ORGE, substantif féminin. — De l'orge excellente. Les orges sont belles. Cependant Orge est masculin dans ces deux phrases, Orge mondé. Orge perlé.

P

PAIN DE CUITE pour, Pain de cuisson. Pain de ménage. Pain de bourgeois.

PANÉ pour Panais, substantif masculin. Plante potagère.

PARER. PARÉ. On dit improprement de certains fruits, quand ils sont cueillis, qu'il faut les laisser parer, se parer ; que ces fruits sont assez parés, pour signifier, qu'il faut les laisser acquérir la couleur qui en indique la maturité ; qu'ils ont acquis cette couleur.
On dit encore dans le même sens, Laisser PASSER des fruits. Ces fruits sont assez passés, il faut les manger. Cela n'est point français. Des fruits passés sont des fruits mous, pourris, qui ne sont plus bons à manger. Ainsi Une poire blette est une poire passée.
Dans l'un et l'autre cas, il faut se servir des mots Mûrir, mûr, et dire, Il faut laisser mûrir ces fruits. Ils sont mûrs et bons à manger.

PATEINE, pour Patate, espèce de pomme de terre.

PELE pour Poêle. Une poêle à frire. Prononcez Poâle. [...]

PIFFRER (Se) pour s'Empiffrer, il est familier. Il s'empiffra tellement à ce repas, qu'il en fut malade. On dit aussi, Empiffrer un enfant de confitures, de pâtisserie.

PILLER des pois, des fèves, pour, Écosser des pois, des fèves.

PIQUER L'ASSIETTE, PIQUE ASSIETTE, PIQUEUR D'ASSIETTE, ne sont pas français. — Piquer les tables. Parasite. C'est un homme qui pique les tables. C'est un parasite.
Cette expression (Piquer l'assiette) est fort usitée en Lorraine. Un Président du parlement de Nancy avait à sa table un de ces parasites, celui-ci voulant prendre une perdrix avec sa fourchette, cassa l'assiette sur laquelle elle était. Monsieur, lui dit alors le Président, Piquez l'assiette mais ne la cassez pas.

PISSAULIT. Dites Pissenlit

POILE fourneau de terre ou de fonte. Ecrivez Poîle ou Poêle, et prononcez la première syllabe longue.
On appelle encore Poêle, une chambre commune où est le fourneau.

POTURON pour Potiron, espèce de citrouille. Soupe de potiron.

POURJON pour Ciboule et ciboulette, substantif féminin.

Q

QUICHE, sorte de pâtisserie. La Quiche de Lorraine est un si excellent manger que les Parisiens adopteraient le mot, s'ils connaissaient la chose.

R

RAISINET. Mauvaise prononciation, pour Raisiné.

RAMONADE pour Remolade ou Remoulade, sauce piquante.

RANG DE PORC pour, Toît ou Têt à porcs.

RAPPÉ (Vin de), pour, Vin de copeaux.

RAPPE, RAPPER, pour Râpe, râper. Une râpe de fer blanc. Râper du sucre.

RATELANT n'est pas français. Il se dit du vin nouveau Doux et piquant. Le vin ratelant est très agréable à boire. Cet adjectif n'a point de synonyme.

RÉGLISE pour Réglisse, substantif féminin. De la réglisse. Jus de réglisse.

RELAVETTE pour Lavette, substantif féminin. Morceau de linge dont on se sert pour laver la vaisselle.

RENVOI, pour Rapport. Vapeur incommode, désagréable qui monte de l'estomac à la bouche. Ne dites pas, Avoir des renvois. L'ail donne des renvois. Les raves causent des renvois. — Avoir des rapports. L'ail donne des rapports. Les raves causent des rapports.

REPROCHER. Ne dites pas, Les ognons que j'ai mangés me reprochent. — Me causent des rapports.

RÉSÉPIR, RÉSÉPI, ne sont pas français. Ne dites pas, Ce gâteau a été résépi au four. Vous avez laissé résépir cette viande. Cette viande est toute résépie. — Ce gâteau est trop cuit, est desséché. Vous avez laissé cette viande se havir, ou se racornir. Cette viande est toute havie ou racornie. On dit encore, Viande desséchée, brûlée ; mais non, Viande résépie.

RETRAITS. Faire du pain de retraits, pour, Faire du pain de recoupe. La recoupe est la farine qu'on tire du son remis au moulin.

RIBOTE (Faire), RIBOTER, RIBOTEUR, ne sont pas français. On emploie improprement ces expressions au lieu de Débauche de table. Faire la débauche. Ces ouvriers sont en ribote, font ribote, pour, Ces ouvriers font la débauche. Observez cependant que Débauché n'est pas le synonyme de Riboteur. C'est un riboteur. — Il aime à faire la débauche, à s'amuser.

RINÇONNETTE (Boire la). Cette expression familière n'a pas d'équivalent, si ce n'est, Boire le vin de l'étrier.

S

SEMOUILLE pour Semoule, substantif féminin.

SERVANTE. On donne improprement ce nom à ce meuble de cuisine sur lequel on met égoutter la vaisselle. — Égouttoir, substantif masculin. On appelle bien Servante, une espèce de petite table, sur laquelle on place des assiettes, des bouteilles, etc., pour supléer au service des domestiques. Voyez CHÈVRE.

SOUPER quelque chose. Voyez DÉJEUNER

SOUPOUDRER pour Saupoudrer. Saupoudrer de poivre un lièvre.

SUCOUPE pour SOUCOUPE, substantif féminin. Une soucoupe de porcelaine.

SUCRADE n'est pas français. — Sucrerie. Il a les dents gâtées pour avoir mangé trop de sucreries.

SUCREZ-VOUS n'est pas français. — Prenez du sucre.

T

TALLER, TALLÉ, ne sont pas français. Ne dites pas, Prenez garde de taller ces fruits. Ces fruits sont tallés. — Prenez garde de meurtrir ces fruits. Ces fruits sont tout meurtris. On dit aussi, La grêle a coti ces poires, ces pommes.

TAQUE de four, pour Bouchoir.

TARTINE de beurre, tartine de confitures, tartine de lard, etc. Ce mot très en usage, n'est pas français, et n'a pas de synonyme que Beurrée, pour Tartine de beurre. Donner une beurrée à un enfant.

TAT DE VIN, pour Tâte-vin, subst.masculin.

TENDRESSE et TENDRETÉ. La tendresse de coeur, la tendresse d'ame. La tendreté d'un gigot, d'un lièvre, de ces légumes, de ces fruits.

TINATTE, TINOTTE, pour Tinette, substantif féminin. Une tinette de beurre. Mais le vaisseau dans lequel on bat le beurre, se nomme Baratte, substantif féminin. On dit Baratter pour, Battre le beurre. La Tinette est ordinairement plus large par en haut que par en bas ; c'est le contraire pour la Baratte.

TONNE de harengs, pour Caque de harengs. Voyez CARLET.

TRAIN (Être en) pour, Être un peu gris.

TROU DE CHOU, pour Trognon de chou.

TRUFFLE pour Truffe, substantif féminin. Les truffes de Piémont sentent l'ail.

V

VERDEUR et VERDURE. Dites, Ce vin a encore de la verdeur. [...]

VER de fromage, pour Mite, substantif féminin.

VINPIERRE pour Tartre. Les vins de Champagne n'ont guères de tartre.

VITAILLE pour Victuaille. Ne dites pas, Voilà bien de la vitaille. — Voilà bien de la victuaille.

VOLETTE n'est pas français. — Clayon, substantif masculin, Eclisse, substantif féminin. Mettre égoutter du lait caillé sur un clayon, sur une éclisse. Mettre de la pâtisserie sur des clayons.